
L’artillerie et l’armement du Fort Frère : évolution technologique de 1870 à 1918
Près de Strasbourg, le Fort Frère, initialement nommé Grossherzog von Baden, illustre l’adaptation des fortifications à l’évolution de l’artillerie entre 1870 et 1918. Sa construction et ses modifications témoignent de la course à l’armement de cette période.
Construction et contexte historique
La défaite française de 1870 et l’annexion de l’Alsace-Lorraine poussèrent l’Empire allemand à fortifier Strasbourg. Le siège de la ville avait mis en évidence la faiblesse des anciennes fortifications. Un vaste programme fut lancé, incluant une ceinture de forts détachés, dont le Fort Frère. Ce dernier devait intégrer les avancées en matière d’artillerie, comme le montre l’Atlas des paysages d’Alsace.
Un fort de type Biehler
Édifié dans les années 1870, le Fort Frère est un fort de type “Biehler”, du nom du général prussien Hans Alexis von Biehler. Ces forts, détachés des fortifications urbaines, étaient polygonaux et enterrés pour mieux résister. Leur but était de maintenir l’ennemi à distance. La structure du fort révèle une adaptation à l’artillerie de l’époque : pierre de taille de Lutzelbourg et épaisse couche de terre.
L’adaptation à la crise de l’obus torpille
En 1885, l’arrivée de la mélinite (un explosif puissant à base d’acide picrique) et des obus torpilles (chargés de mélinite et plus puissants) rendit obsolètes de nombreuses fortifications. Ces obus pouvaient pénétrer les défenses traditionnelles.
Modernisation du Fort Frère
Le Fort Frère fut modernisé en 1887. Une carapace de béton de 1,2 mètre d’épaisseur fut ajoutée, protégeant contre les nouveaux obus. L’utilisation du béton était novatrice pour l’époque.
Renforcements supplémentaires
En 1895, des portes blindées anti-souffle furent installées. Elles protégeaient les accès des effets des explosions, comme les ondes de choc. Le Fort Rapp Moltke, initialement Fort de Reichstett comme le Fort Frère, a connu des modifications similaires.
L’évolution de l’artillerie du fort
Le Fort Frère devait abriter une artillerie puissante, capable de tenir l’assaillant à distance, de protéger les communications et d’appuyer les autres forts. Les fortifications de Strasbourg possédaient des “crêtes d’artillerie”, des “ateliers d’artillerie” et des “magasins à poudre”.
L’armement initial
Initialement, le Fort de Reichstett (Fort Frère) disposait de 22 à 36 canons, incluant des canons de 120 mm, de 150 mm et des mortiers de 210 mm. La mission était de maintenir l’assaillant à distance et d’assurer un appui mutuel avec les forts voisins, espacés de 1800 à 4400 mètres.
Adaptations
L’arrivée de la mélinite a aussi affecté l’artillerie. Une partie de l’artillerie du Fort Frère fut déplacée hors des casernes. Des postes de tir furent aménagés, et la double caponnière de tête transformée en coffre frontal, mieux protégé et équipé de canons revolver. Le fort fut rééquipé avec des canons plus modernes, comme des canons de 105 mm à tir rapide.
La précision du tir
La précision était cruciale. Une tourelle d’observation GRUSON (tourelle blindée rotative, équipée d’instruments optiques) fut installée en 1892. Elle améliorait la direction de tir des canons.
Vers une nouvelle stratégie
L’évolution de l’armement conduisit à de nouvelles stratégies. Dès 1893, un nouveau système défensif fut construit à Mutzig, achevé en 1914. Cette citadelle, avec ses canons cuirassés sous tourelles blindées, relégua la ceinture de forts de Strasbourg, dont le Fort Frère, à un rôle secondaire, comme l’explique le DHIALSACE.
Un héritage militaire
Bien que le Fort Frère n’ait jamais subi d’attaque directe, son rôle dissuasif au sein de la ceinture fortifiée de Strasbourg a contribué à la défense de la ville. Il témoigne de l’évolution de l’artillerie et des fortifications entre 1870 et 1918, et constitue un jalon dans l’histoire de la fortification.
Vous aimerez aussi

Les personnalités marquantes ayant créé Fort Frère
18th avril 2019
Calendrier des visites du Fort Frère
6th juillet 2019